Quelques pensées d'Augustin (352-430)

                                                                                                                    Extraits des Confessions d'Augustin

 

 

 

INQUIETUM EST COR NOSTRUM

DONEC REQUIESCAT IN TE.

 

 

Notre coeur est inquiet

tant qu’il ne se repose pas

en toi.

Livre 1, chapitre 1

 

 

ET QUID PROPIUS AURIBUS TUIS,

SI COR CONFITENS ET VITA EX FIDE EST?

 

 

Quoi de plus proche

que ton oreille

quand on a le coeur contrit

et que l’on vit par la foi?

Livre 2, chapitre 3

 

 

UNDE IGITUR SUAVIS FRUCTUS

DE AMARITUDINE VITAE CARPITUR GEMERE

ET FLERE ET SUSPIRARE ET CONQUERI?

AN HOC IBI DULCE EST,:

QUOD SPERAMUS EXAUDIRE TE?

 

 

Comment se fait-il que 1’on recueille de l’amertume de la vie — de nos soupirs et nos larmes, de nos murmures et nos plaintes —

un fruit doux au goût?

Ne nous semble-t-il doux que parce que nous espérons

Nous faire entendre de toi?

Livre 4, chapitre 5

 

 

ET DESCENDIT HUC IPSA VITA NOSTRA

ET TULIT MORTEM NOSTRAM

ET OCCIDIT EAM DE ABUNDANTIA

VITAE SUAE.

 

 

Il est descendu vers nous,

lui qui est notre vie,

il a pris sur lui notre mort

et l’a tuée

par la surabondance

de sa vie.

Livre 4, chapitre 12

 

GRANDE PROFUNDUM EST IPSE HOMO,

CUJUS ETIAM CAPILLOS TU,

DOMINE, NUMERATOS HABES ET NON M1NUUNTUR IN TE:

ET TAMEN CAPILLI EJUS MAGIS NUMERABILES

QUAM AFFECTUS EJUS ET MOTUS CORDIS EJUS.

 

 

Quel profond mystère

que l’homme:

Toi, Seigneur, tu as fait

le compte des cheveux

de sa tête,

et il ne t’en manque pas un seul.

Mais il est bien plus aisé

 d’établir le nombre

de ses cheveux

que celui des élans et mouvements de son coeur.

Livre 4, chapitre 14

 

 

NUMQUAM TANTA ET TALlA

PRO NOBIS DIVNITUS AGERENTUR,

SI MORTE CORPORIS

ETIAM VITA ANIMAE CONSUMERETUR.

 

 

Dieu n’aurait jamais fait

pour nous des choses

aussi grandes et belles,

si avec la mort du corps  s’éteignait aussi la vie de l’âme.

Livre6, chapitre 11

 

QUI N0VIT VERITATEM, NOVIT EAM,

ET QUI NOVIT EAM, NOVIT AETERNITATEM.

CARITAS NOVIT EAM.

 

 

 

Celui qui connaît la vérité connaît la lumière.

Et celui qui la connaît, connaît l'éternité.

Or, c’est l’amour

qui la connaît.

Livre 7, chapitre 10

 

 

VERBUM ENIM TUUM, AETERNA VERITAS, SUPERIORIBUS CREATURAE

TUAE PARTIBUS SUPEREMINENS

SUBDITOS ERIGIT AD SE IPSAM.

 

 

Car ta parole,

I’éternelle vérité,

qui dépasse de loin

le point culminant

 de ta création,

élève à sa hauteur

ceux qui se courbent

devant elle.

Livre 7, chapitre 18

 


 

ITA SARCINA SAECULI, VELUT SOMNO ASSOLET,

DULCITER PREMEBAR, ET COGITATIONES,

QUIBUS MEDITABAR IN TE,

SIMILES ERANT CONATIBUS EXPERGISCI VOLENTIUM,

QUI TAMEN SUPERATI SOPORIS

ALTITUDINE REMERGUNTUR.

 

Ainsi, le poids du monde reposait sur moi,

à la fois doux et pesant, comme en plein sommeil;

et les pensées qu’en méditant je fixais sur toi

ressemblaient aux efforts d’un homme qui essaie de se réveiller, mais qui

succombe au sommeil et retombe en arrière.

Livre 8, chapitre 5

 

 

O SI COGNOSCANT SE HOMINES

HOMINES ET QUI GLORIATUR,

IN DOMINO GLOR1ETUR!

 

 

Oh, si seulement les hommes savaient qu’ils sont

 des hommes,

et si celui qui se glorifie se glorifiait dans le Seigneur!

Livre 9, chapitre 13

 

UBI FULGET ANIMAE MEAE, QUOD NON CAPIT LOCUS,

ET UBI SONAT, QUOD NON RAPIT TEMPUS, ET UBI OLET,

QUOD NON SPARGIT FLATUS, ET UBI SAPIT,

QUOD NON MINUIT EDACITAS, ET UBI HAERET,

QUOD NON DIVELLIT SATIETAS.

HOC EST QUOD AMO, CUM DEUM MEUM AMO.

 

La lumière qui éclaire mon âme n’est pas limitée

 par l’étendue,

la musique qui y résonne

n’est pas assourdie par le temps,

le parfum qui s’y exhale n’est pas dissipé par le vent,

l’aliment qu’elle savoure n’est pas dévoré par la faim

ni l’étreinte qui l’enserre relâchée par la satiété.

Voilà ce que j’aime lorsque j’aime mon Dieu.

Livre 10, chapitre 6

 

 

EST ENIM GAUDIUM, QUOD NON DATUR INPIIS,

SED EIS, QUI TE GRATIS COLUNT,

QUORUM GAUDIUM TU IPSE ES.

 

 

Car il existe une joie que ne connaissent pas les incroyants mais seulement ceux qui te servent

sans rien attendre en retour et dont toi-même tu es la joie.

Livre 10, chapitre 22

 

 

VERITAS, UBIQUE PRAESIDES OMNIBUS

ETIAM CONSULENTIBUS

TE SIMULQUE RESPONDES OMNIBUS

DIVERSA CONSULENTIBUS

 

 

O vérité, tu sièges

en tout lieu.

Tous te demandent conseil,

 et tu réponds en même temps à tous,

quelle que soit la diversité des questions qu’ils te posent.

Livre 10, chapitre 26

 

 

DUXI SPIRITUM ET ANHELO TIBI,

GUSTAVI ET ESURIO ET SITIO

TETIGISTI ME,

ET EXARSI IN PACEM TUAM.

 

J’ai humé ton parfum,

et maintenant je soupire après toi.

J’ai perçu ta saveur,

 et à présent j’ai faim,

j’ai soif de toi.

Tu m’as touché,

 et ardemment je désire recevoir ta paix.

Livre 10, chapitre 27

 

 

QUID EST ERGO TEMPUS?

SI NEMO EX ME QUAERAT, SCIO;

SI QUAERENTI EXPLICARE VELIM,

NESCIO

 

 

Qu’est-ce donc que le temps?

Lorsque personne ne me le demande je le sais.

Mais dès que je veux l’expliquer à quelqu’un

 qui me le demande,

je ne le sais plus.

Livre 11, chapitre 14

 

 

PRAESENS DE PRAETERITIS MEMORIA,

PRAESENS DE PRAESENTIBUS CONTUITUS,

PRAESENS DE FUTURIS EXPECTATIO.

 

 

Le présent du passé,

c'est la mémoire.

Le présent du présent,

c’est l'observation.

Le présent du futur,

 c’est l’attente.

Livre 11, chapitre 20

 

 

QUIA PLUS LOQUITUR INQUISITIO

QUAM INVENTIO ET LONGIOR EST

PETITIO QUAM INPETRATIO

ET OPEROSIOR EST MANUS PULSANS

QUAM SUMENS.

 

 

Pour chercher, il faut être

plus loquace que pour trouver.

Pour demander, il faut être plus patient que pour recevoir,

et la main qui frappe doit faire un plus grand effort

que celle qui accueille.

Livre 12, chapitre 1

 

DOMINE DEUS, PACEM DA NOBIS - OMNIA ENIM

PRAESTITISTI NOBIS -  PACEM QUIETIS, PACEM SABBATI,

PACEM SINE VESPERA.

OMNIS QUIPPE ISTE ORDO PULCHERRIMUS RERUM

VALDE BONARUM MODIS SUIS

PERACTIS TRANSITURUS EST:

ET MANE QUIPPE IN EIS FACTUM EST ET VESPERA.

 

Seigneur Dieu, donne-nous la paix — tout en effet nous est offert par toi —

la paix du repos, la paix

 du sabbat, la paix sans crépuscule.

Car l’admirable succession

de faveurs, meilleures les unes que les autres,

prendra fin le jour où

le nombre fixé par toi

sera atteint.

Elle aura son crépuscule comme elle a eu son aurore.

Livre 13, chapitre 35

 

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